09.11.2009
On se casse (jusqu'à nouvel ordre)
http://lenep.com/monpoingperdu/
Merci, de mettre à jours vos marque-pages et liens.
Merci le nep.
A bientôt.
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04.11.2009
La confiscation de l'imaginaire
"L’édition jeunesse fait aujourd’hui la part belle au naturalisme le plus épais. On dirait que tous ces romans ne visent plus qu’à mettre les enfants en garde contre les pédophiles et l’on ne serait pas surpris de voir en librairie des titres comme Papa dépose le bilan ou Y a un monsieur que je ne connais pas dans le lit de maman. Quelle conception étriquée de la littérature ainsi se forme dans ces crânes ? Et quelles mornes proses réclameront encore par la suite ces imaginations abolies ?"
Lu ici.
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21.09.2009
Extrait 1 (version non corrigée)
Hélas, Jean et Joseph Grimbosq ne viennent que de l'obscurité. De leurs naissances, on ne sait rien. Du linge et de l'eau chaude ? Des cris de douleurs ? Au mois de juin 193..., plusieurs témoignages font état d'un enfant quasi nu qui vivrait dans la forêt de Grimbosq. Il est très farouche, et s'enfuit au moindre mouvement et au moindre bruit. On lui donne aux alentours de cinq ans. Malgré le scepticisme des autorités, au vu de la multiplication des témoignages, une battue est organisé le 15 juin. Le résultat est nul mais a les honneurs de la presse locale...
Sur la côte non loin, se repose Jules Marie, explorateur oublié et chasseur invétéré qui vient de rentrer d'Afrique et qui se remet plutôt bien d'une vilaine dysenterie. Il entend parler de l'affaire. Bien que son nom ne soit pas passé à la postérité, Jules Marie n'est pas n'importe qui. Héritier d'une famille normande ayant réussi dans l'industrie en montant plusieurs usine en Suisse Normande le long du val de l'Orne, Jules Marie a su faire fructifier son héritage en investissant dans le commerce. Il a de grands bureaux à St Louis du Sénégal lesquels centralisent une bonne part des exportations de l'Afrique occidentale française vers le continent. Sa maîtrise des coutumes commerciales locales, son art subtil du backchich, sa main-mise sur les infrastrutures du fleuve Sénégal, ses réceptions où se côtoient diplomates et aventuriers, petite aristocratie et haute-pègre en font un interlocuteur unique régnant de façon quasi hégémonique sur un territoire de 5 millions de mètres carrés - dont il est vrai une bonne partie de désert. Mais Jules Marie ne doit sa réussite qu'à une particularité qui le différencie de ses concurrents de l'époque, qui se liquéfiaient abrutis de maladies vénériennes, de quinine et d'alcool sous les palmes mouvantes de serviteurs silencieux dans des bureaux caniculaires. Ce n'était pas un commerçant dans l'âme. Il était avant tout explorateur. Il passait plus de temps à parcourir l'AOF qu'à négocier les prix du caoutchouc, mais cela lui permettait d'avoir de nombreux contacts tout au long du fleuve Sénégal, une excellente connaissance des cultures et des langues de ses interlocuteurs nègres qu'il traitait, en dehors de la présence d'autres colons, en amis. Il faisait parti de ces hommes qui aiment simplement être assis sur leur cul pourvu qu'ils aient l'estomac plein et un verre à partager. Quant il se levait, il partait droit devant lui à travers jungles, montagnes, déserts jusqu'à trouver à nouveau un peu d'ombre, un interlocuteur et une tasse pleine d'eau bouillie et de fleurs d'hibiscus. Il ne faisait demi-tour que quand sa santé versatile le lui imposait. Il revenait alors en civière ou en pirogue délirant de fièvre, vomissant par dessus bord, absolument ravi. Sa passion pour le voyage au long cours lui venait des chasses de son enfance avec son grand-père et il emportait pour ses expéditions de nombreux fusils afin d'abattre toute créature potentiellement comestible ou simplement inconnue. Il ne manquait cependant pas de délicatesse et chassait aussi le papillon, activité pour laquelle après quelques échecs retentissants, il avait abandonné le fusil. Il revenait de ses chasses avec des diarrhées homériques et des trophées nombreux qu'il exhibait volontiers pour épater la galerie de Saint-Louis. Il disparaîtra dans les années 40 sur les rives du lac Télé pour avoir voulu chasser le mokele mbembe, sorte de monstre du Loch Ness africain dont l'existence n'a toujours pas été prouvée. Si son nom demeure inconnu, c'est qu'il ne fit jamais publicité de ses multiples explorations, qu'il ne s'intéressait pas particulièrement aux premières, qu'en dehors de ces chasses il ne ramenait rien, ni cartographie, ni témoignagne, ni objet primitif et qu'il était plutôt considéré comme un touriste de luxe dont la fortune considérable autorisait toutes les lubies. En 193..., il n'avait encore jamais traqué d'enfant sauvage et il se proposa spontanément. Arrivé sur les lieux le 17, il fit une enquète auprès des témoins pour pointer sur une carte les différents lieux d'apparitions. Les jours suivants, il parcouru les multiples chemins forestiers du secteur pour déterminer l'endroit de passage le plus probable. Il construisit de ses propres mains un affût dans lequel il amena ses provisions et une peau de buffle et attendit...
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14.09.2009
After-show Presqu'île en fête : soirée douche
Ce week-end, c'était Presqu'île en fête, l'occasion pour le Cargö d'ouvrir sa saison, pour la mairie de clore la sienne (enfin, celle d'été) et ses fameuses animations populaires où il n'y pas grand monde, tout en mettant en valeur cette partie de la ville en cours de réhabilitation et pour moi de faire une phrase alambiquée à la syntaxe un peu lâche, mais de quoi parlions déjà ?
Pour ce qui s'est passé en journée, je vous avoue que je ne sais pas grand chose. Samedi, je travaillais, et dimanche, je cuvais. Le plan, c'était surtout de squatter l'after-show samedi soir.
Sortie de boulot, je vais chercher Mademoiselle qui a décidé d'attaquer la soirée sans moi. Je sais qu'elle me le reprochera toute ma vie, mais je ne peux taire ce scandale, quand j'ai ouvert la porte, elle écoutait fort le dernier David Guetta après avoir vidé, seule, une bouteille de vin. Ce n'est pas une excuse puisque le vin ne rend pas sourd. Après l'avoir douchée de force à l'eau froide, nous partons à l'after-show. Hélas, sur la route, Mademoiselle décide d'aller voir le No Smoking Orchestra, un obscur groupe de baloche dont le guitariste ressemble curieusement à Emir Kusturica. Nous sommes merveilleusement placé sur le bord, c'est à dire à un endroit où l'on voit juste le chanteur et un musicien de temps en temps et où le son arrive juste avant un écho... Nouveau drame de l'alcool... Je sais pourtant que la musique d'Europe Centrale à un effet particulier sur toute personne ayant dépassé la limite légale, je me retourne pour dire à Mademoiselle mon dégoût pour cette musique de supporters de foot et de romanichels quand j'aperçois son sourire extatique, l'ondulation de ses épaules au rythme de la musique et l'absence totale de chair de poule qu'aurait du susciter le froid... Après l'avoir douchée de force à l'eau froide, nous quittons le concert et nous entrons dans le Cargö.
Nous sommes accueillis comme des rois car on nous propose immédiatement deux coupons VIP, toujours utiles quand la foule commence à sentir la sueur et deux gorgées de champagne (merci DJ Seax). Enfin, je suis dans mon élément. Car, ce n'est pas parce que c'est des copains, le Cargö, les soirs de concerts gratuits, c'est juste le meilleur bar de Caen. Pas mal d'espace, beaucoup de rencontres, la bière a 2 euros 50 jusqu'à pas d'heure et du son qui ne sort pas d'une radio ou de la sélection de trois disques du serveur. Et puis, ce soir, ouverture oblige, il y a une bonne partie du beau linge caennais, avec un chouette mélange torchon-serviette. Beaucoup de cultureux, un peu de politiques, des âaaartistes (Lewis des Lanskies, machin des Chocolate Donuts, Orelsan et les mecs que je suis pas capable de reconnaître), les piliers de comptoirs de Caen bien décidé à retourner le bar et une chouette bande de noiches qui tape des phases sur la sélection de Klassmusik constituent la trame du public en plus du menu fretin. Ouais, j'aime bien me la pêter que veux-tu ? J'ai une carte de membre de la hype caennaise, je l'ai pas demandée, mais j'en ai une quand même. Chouette set mid-tempo de Klassmusik puis Tonton enchaîne. Il démarre reggae pour rapidement passer aux classiques du punk-rock. Mademoiselle décide qu'elle va passer les prochaines heures à danser devant la scène. Après l'avoir douchée de force à l'eau froide, nous allons au VIP boire des verres gratuits... Ah, ah, ah... Des verres gratuits... AH, AH, AH... DES VERRES GRATUITS... AH, AH, AAAAAAAAAHHHHHHHHHHH... DES FERRES GATUITS... OOOOOOOOOUUUUUUUAAAAAAAIIIIIISSSSSS... COOOOOOORRRRRRRE LES HERRES GLATUIS !!!!!!!! OOOOOOOOOOUUUUUUAAAAAAAAIIISSSSS !!!!!! LALALALALALA HERRES GLATUIS !!!!!!! BBBRREEEUUU !!!!!!!!! COOOOORRRRE UN HEEEERRRREE !!!!
Après m'avoir douché de force à l'eau froide, Mademoiselle décide de discuter avec un pote à elle pour le reste de la soirée. Je ne me démonte pas et ayant marre de la doucher de force à l'eau froide, je décide de mener ma vie avec mes gardes du corps, Jeanbon et el Pedrito. Pendant ce temps, une sorcière bourrée décide de me lancer une malédiction. Tous les gens bousculés ou maladroits me renversent leurs verres dessus. Grand seigneur, je décide de ne pas relever, la plèbe a aussi le droit de s'amuser, non ? Et puis je suis déjà très imbibé à l'intérieur aussi. Mes gardes du corps et moi avons alors un échange philosophique de haute tenue pendant que Norman Flex chourre les platines de Tonton. Cours du prix du LSD, surcharge pondérale, mérites comparés de la sodomie active ou passive, politique générale, tout y passe dans un joyeux maelström d'idées prononcées d'une voix hurlante et pâteuse... On fume plus d'afghan que l'armée américaine. Crois-moi qu'avec nous, il n'y aurait plus de taliban. On boit plus de bière que l'armée allemande. On se fait virer... Genre sous prétexte que c'est fini. Mais la liberté d'expression qui nous est chère justifie que l'on aille continuer cet important débat chez Mademoiselle, avant de nous endormir au petit jour content d'avoir aidé l'humanité à avancer une fois de plus.
Le lendemain, j'ai battu mon record d'endurance en canapé...
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09.09.2009
Mort de l'artiste de l'évasion
« Il permit au monde extérieur de l'enrouler définitivement dans ses chaînes et monta, une fois pour toutes, dans le cabinet des curiosités qu'était l'existence d'un homme ordinaire. »
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08.09.2009
Conjugaison
Oh, ce n'est pas que je n'ai rien foutu cet été... Je ne me suis certes pas cassé les doigts au boulot. Mais j'ai travaillé pour deux revues de cinéma, Repérages et Eclipses — qui sort la première monographie en français sur Miyazaki senseï. La première m'a pris un article Le cinéma d'auteur se donne un genre sur les liens entre cinéma d'auteur et cinéma bis et quelques notules bio-filmographiques sur des cinéastes européens qui aiment les ninjas découpés en rondelle et les zombies nazis. C'est un boulot payé en plus, alors vous comprendrez que je m'applique un minimum. La seconde a validé un article sur le bestiaire fantastique dans Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke et Le Voyage de Chihiro. Il est encore en cours de correction, mais à moins de tomber dans l'escalier, je ne vois pas de raison pour qu'il ne soit pas publié. Des potes m'ont demandé de mettre les articles en question en ligne. Mais je trouve plus honnête de laisser l'exclusivité ou l'exhaustivité aux revues en question, dans un premier temps en tout cas. Ne serait-ce que parce que ces revues fonctionnent sur une économie fragile et qu'après tout vous pouvez les acheter si vraiment ça vous intéresse, non ?
En ce qui concerne le futur, il est pour l'instant noir comme une épidémie de peste. J'ai rendez-vous dans l'après-midi pour refaire mon boulot de kröniqueur sur Nördik Impakt, la question de correpondance pour Ouest-Rance se pose à nouveau, je voudrais travailler pour des chansons dans le style spoken-word (mais c'est horriblement difficile pour moi), j'ai une idée de roman qui me tient depuis plus longtemps que les autres (et qui ne verra jamais le jour, bien sûr) et enfin j'aimerais reprendre un peu le blog. Entre mon incompétence et ma flemme, beaucoup de ces projets vont avorter dans l'oeuf.
Vu que depuis mon incursion dans Wordpress, je ne supporte plus l'interface paléolithique de Hautetfort, j'ai dû à nouveau embaucher des esclaves népalais (enfin, un exactement, mais il bosse comme plusieurs) qui m'ont promis un nouveau blog, pas aussi chouettos que l'ancien (qui était quand même une tuerie technique) mais en tout cas bien au-dessus de celui-là. J'espère qu'il sera prêt le plus rapidement possible, je vous tiens au jus. J'avais de grandes difficultés à écrire depuis la Chute, parce que je savais que chaque note, chaque mot était un couteau planté dans le dos de Madame, qui a suffisamment souffert comme ça. Mais ma vie et mes mots m'appartiennent malgré tout. Et rien ne force Madame à me lire. Alors, je vais revenir un peu plus régulièrement.
11:29 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
07.09.2009
Les filles de l'aurore
C'est dans un demi-sommeil que je perçois le lever du jour. Je n'entends plus ma fille respirer et je jette un coup d'oeil inquiet. Le lit est vide... Le matelas enlevé... Il me faut une demi-seconde pour me rappeler qu'elle est retournée chez sa mère et que sans doute tout va bien puisqu'il le faut... Je me rendors et je sens à nouveau sa présence, son odeur. La scène se répète dans l'infini des miroirs du sommeil lupin.
Pendant ce temps, Mademoiselle est partie travailler. Je suis donc seul dans l'appartement. La porte s'ouvre doucement. Mademoiselle m'embrasse une dernière fois. Je la perçois vaguement entre les entailles de mes paupières gonflées. Elle disparaît avant que je ne sois sûr de quoi que ce soit.
Les fantômes sont ainsi. Ils profitent de la pénombre, de la torpeur, des lacunes de la mémoire pour apparaître, s'animer et s'effacer à nouveau sans que l'on sache s'ils étaient bien là ou si c'est nous qui n'y étions plus.
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19.06.2009
La langueur monotone
Il y a deux siècles, on les voyait encore errer l'âme en peine et le front fiévreux, pâles sous un soleil glorieux, affamés aux tavernes. Ils étaient si maigres qu'on voyait à travers. Ils se jetaient des falaises dans les flots déchainés de tempêtes de fin du monde avec un soupir de soulagement et, dans le poing, une lettre dont l'encre se diluait dans l'océan.
C'était les inconsolés, les langoureux, les mélancoliques. Ils cultivaient leur malheur avec une application enfantine, tirant la langue avec un air buté pour savoir ce qui n'allait pas. Et quand, par hasard, un bonheur leur arrivait, ils en éprouvaient une nostalgie immédiate les empêchant d'être heureux. Ces gens , souvent de bonne famille, bien nourris et bien éduqués, revendiquaient un droit inaliénable, le droit à la tristesse.
Aujourd'hui, on se demande systématiquement si ça va ; quoiqu'il arrive il faut que ça aille. Dans le pire des cas, on fait aller. Personne ne sait où mais on va...
Des tristes, il en reste... On les trouvait beaux. On les croyait poètes maudits. On leur imaginait du talent ou de l'âme. Les filles couchaient avec eux parce que de toute façon, ils allaient mourir. Elles gardaient l'espoir secret, en ce faisant, de les guérir, de les changer, de les sauver, de les arracher au malheur. C'était avant l'invention du shopping.
Des tristes, il en reste. Mais au lieu de susciter l'admiration ou l'incompréhension de toute l'Europe, ils sont maintenant classés dans des sous-catégories arides. Le désespéré est devenu un dépressif qu'on bourre de drogues légales avant de l'envoyer en thérapie. S'il refuse, on l'enferme. L'éprouvé est devenu une victime : un statut légal et social qui provoque une pitié automatique et mesurée plutôt que l'effroi. À l'éploré, on propose de faire son deuil, comme si l'on avait pas le droit de porter ses morts le restant de ses jours. Au spleen et au vague à l'âme, on donne des noms d'insectes... On a le bourdon. On a le cafard. Au mieux, les papillons noirs... À la vermine, le malheur d'être soi, d'être ici, d'être né !
Des tristes, il en reste, mais tout a changé. Les béats ont triomphé. On les voit marcher la volonté altière et le front ceint d'une couronne de lauriers en plastique, hâlés sous la neige alpine, repus aux tavernes de Maître Kanter. Ils sont si gras qu'ils font des régimes. Ils crèvent comme des baudruches, l'aorte bouchée, dans une orgie de fin du monde avec un soupir de contentement et dans le poing une saucisse à l'oignon dont la graisse coule sur le lino.
Ce sont les favorisés, les privilégiés, les triomphants. Ils cultivent leur propre bonheur avec une application infantile en jouant avec un lance-flamme et une fourmilière. Et quand, par hasard, un malheur leur arrive, ils en éprouvent une joie immédiate à l'idée de la consolation qui leur est due. Ils courent chez le juge, chez le psy ou, dans le pire des cas, écrivent un mauvais livre qui ne leur a pourtant rien fait. Ce qui les empêche d'être tout à fait malheureux. Ils croient, sans le savoir, à ce passage de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique : " Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. " En fait, ils croient surtout à la toute, toute fin.
C'est l'omniprésence des béats qui les rend si consternants. Leur application permanente au bonheur, fut-il factice, a conduit aux absurdités suivantes : la musique dans les supermarchés, les manifestations conviviales et la joie de porter un enfant. Pour un peu, on les verrait rire aux enterrements. Heureusement, ils n'y vont plus, c'est trop triste et ils ont besoin de positiver.
Il va de soi, si l'on a quelque doute sur la direction que prend le monde qu'il faut cultiver sa propre langueur pour l'opposer à l'agitation permanente. Si l'avenir appartient au béat, l'apocalypse viendra plus tôt par leur faute et seuls les tristes en mesurent d'ores et déjà l'absurdité.
(Texte inachevé comme tout ce que je fais.)
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09.06.2009
Beautiful losers
Le combat de boxe que je préfère, c'est le combat Ali-Foreman à Kinshasa. Ali a perdu son titre des années avant. Il tente un retour auquel personne ne croit, sauf ceux qui sont prêt à faire de l'argent sur son dos. Foreman est un puncheur redoutable, aux crochets et aux uppercuts dévastateurs, invaincu (40 combats, 37 KO). En plus de sa force de frappe impressionnante, il est increvable sur un ring, il encaisse sans broncher, n'a jamais subi de KO, n'a jamais mis ne serait-ce qu'un genou à terre. C'est un granit noir, on ne le frappe pas, on s'y heurte et on s'y blesse.
Pendant toute la première partie du combat, Foreman travaille Ali dans les cordes. Il le casse, il le brise, il souffle sur les miettes en attendant le KO qui ne manquera pas de venir. C'est plus de la boxe, c'est un passage à tabac. Ali faiblit. Ali perd. Mais il encaisse. C'est tout ce qu'il veut. Il est toujours debout. Les coups de butoir de Foreman tombe sur la garde d'Ali qui le chambre pour l'énerver. Foreman cogne plus dur qu'il ne l'a jamais fait. Puis le combat prend une autre tournure, Foreman épuisé par sa propre puissance donne tout et commence à prendre des contres. À partir du cinquième round, il est déjà battu. Ses crochets cognent dans le vide, on dirait qu'il peine à lever les bras. Le pas est lourd. La boxe maladroite. Ali lui fait mouche en gardant la distance. Il voltige. Il finit par mettre Foreman à terre au huitième round. Épuisé, Foreman met une seconde de trop à se relever. Ce sera le seul KO de sa carrière.
Dès le cinquième round, le combat est perdu pour Foreman. Pourtant, il y retourne. Il va prendre sa leçon. Il va prendre sa raclée. Tout le monde le sait.
Quand je regarde un combat, c'est toujours le perdant qui m'intéresse. Je trouve que la force, le courage, l'honneur se trouvent du côté du perdant. C'est le perdant qui combat. La souffrance physique, la peur, la certitude de la défaite. L'autre fait juste son boulot.
On continue à m'annoncer ma défaite, à me dire que je vais droit dans le mur... Plusieurs rounds sont déjà passés. J'ai déjà beaucoup perdu. Il faudrait, n'est-ce pas, jeter l'éponge. On oublie sans doute que jeter l'éponge, c'est perdre juste un peu plus tôt, en ayant un peu moins mal. Que c'est simplement rester assis sur un tabouret, se faire soigner, se reposer, renoncer à souffrir, parce qu'on a plus la force de se tenir debout et d'encaisser. Jeter l'éponge, c'est surtout perdre à tout jamais. C'est être sa propre défaite. C'est porter soi-même son propre échec.
Si je me plante, au moins me serai-je planté debout, le froc bien remonté, les jambes bien droites dans tes bottes.
On me dit que je suis un branleur, que je fanfaronne, que je ferais mieux de la fermer. C'est quand même pas normal que je continue de me la raconter avec ce que je prends dans la gueule, que je continue de lever les bras au lieu de coucher les pouces, que je gueule même. Tout ce que je mérite c'est de m'écrouler ou de sortir du ring.
C'est que chez moi, c'est les mots la charpente, le squelette, l'armure. Tant que j'ai mes mots, je suis debout. Je suis du genre à monter à l'échafaud avec une vanne à la gueule. Ce n'est pas de l'inconscience. Je chie dans mon froc comme tout le monde, peut-être même plus. Mais c'est pas une raison. Quitte à crever, autant le faire la gueule ouverte.
Si je vais droit dans le mur, ce sera comme je bois, debout jusqu'à ce que je m'écroule.
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23.05.2009
Petit bouddha
Quand, brindille brisée, tu es née sans crier et que, tes yeux plantés dans les miens, tu semblais chercher une explication à la dureté de ce monde, tu faisais trembler mon âme. Et je n'osais te dire que, de nous deux, c'est moi qui n'y comprenais rien.
Quand, baignée et nourrie, grasse comme une Vénus de la Renaissance, embaumant l'air autour de moi, tu ris dans mes bras, je n'ose te dire que c'est moi qui me sens propre et repu et que c'est moi qui suis heureux.
Quand, petit bouddha rieur, simplement assise sur ton cul, avec cet air affairé de qui accomplit des choses capitales, tu joues avec tes doigts et tes cubes multicolores, c'est moi qui découvre, apprends et suis fasciné.
Quand tu es née, chaque fois que je voyais une petite fille, je voyais la promesse de te voir un jour forte, vive, clairvoyante et belle. J'étais heureux. Aujourd'hui, chaque rire d'enfant, chaque pleur, chacune de ces silhouettes minuscules qui courent à perdre haleine, toutes ces voix perchées, accrochées aux cieux, dont tu es descendue, me rappellent que je suis loin de toi. Et que ma vie s'est souvent résumée à cela : avoir aimé beaucoup sans avoir jamais assez aimé.
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