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29.06.2006

Fiche personnage : Daettis, portrait de l'artiste en jeune homme

Daettis est sans aucun doute le plus important, le plus influent, le plus estimé des artistes contemporains parmi ses amis.

D’après ma femme, qui est professeur donc intelligente et cultivée, Daettis est né le 23 août 1975 avec une humilité qui force encore le respect de l’équipe médicale. Ce grand artiste est né sans tapage, et c’est ainsi qu’il a vécu jusqu’à présent. Il n’est pas du genre à assister à son propre vernissage un Curly cacahouète dans l’oreille, non… Il préfère, au milieu des forêts primaires canadiennes, partager son savoir et son talent avec des enfants qui ont un accent bizarre. Si Daettis est si discret, c’est qu’il préfère qu’on s’intéresse à son œuvre plutôt qu’à sa vie. Je dirai juste qu’à l’âge où les enfants arrêtent de dessiner, lui a continué. Il lui arrive aussi de peindre, coller, encrer, filmer, écrire, photographier, et même de rajouter une petite touche de rouge là, oui… c’est quand même beaucoup mieux… Il va jusqu’à faire les Beaux-Arts, c’est dire.

(À ce moment-là, normalement, quelqu’un de visiblement plus intelligent que vous vous explique ce que vous devez penser de ce que vous voyez, mais vous ne comprenez rien au texte puisque comme moi vous êtes beaucoup plus fasciné par la culotte de Madonna que par le sourire de Mona Lisa. Pour éviter ce moment humiliant, le directeur d’exposition et l’artiste ont d’un commun accord désigné quelqu’un de notoirement incompétent en matière d’art contemporain pour rédiger ce texte : moi. Voici donc ce que je vous conseille de penser, en vous assurant par avance que votre avis sera meilleur que le mien.)

L’exposition de ce jour est composée de peintures et de photographies. Pour reconnaître les unes des autres, c’est très simple, les photographies sont lisses (pensez à bien vous laver les mains avant de toucher). C’est après que ça se complique.

En effet, Daettis est un touche-à-tout, un polytechnicien de l’imaginaire. En travaillant la lumière, les cadres et la texture de ses photographies, Daettis les rapproche de la peinture en leur offrant un rendu granuleux et charnel où l’on croit voir la toile et le geste. Il fait de la photo, ce tout venant de la modernité, des tableaux au classicisme serein. Il n’y a rien d’académique là-dedans et il suffit de voir ses peintures pour s’en assurer. Car sur ses peintures, Daettis écrit, colle des objets, dessine… Il les violente pour que jamais la contrainte technique ne soit une entrave au sujet : le portrait, le corps et leur inscription dans un cadre, une composition. On pourra rire en se rendant compte à quel point ce travail est ancien et permanent dans l’art de l’image. On arrêtera, un peu honteux, en reconnaissant que c’est parce que ce travail est fondamental et que les problèmes les mieux connus sont aussi les plus vastes. On se rappellera enfin que même un Picasso n’abandonnera jamais la représentation de la figure humaine.

C’est que Daettis a des maîtres dont il poursuit humblement le labeur. Il est sous influence, il a fumé trop de Bacon (mais si… vous savez, le peintre anglais) et gobé trop de Sugimoto (mais si …vous savez, le photographe nippon… ah non ? vous savez pas ?). À l’un, il emprunte l’acharnement à saisir visages et corps ; à l’autre, une science fine de la composition. À la culture savante de son art, Daettis adjoint, en homme de son temps, des sujets issus de la culture populaire. Il n’hésite pas à faire le portrait de Michael Jordan (mais si… vous savez, le basketteur américain) ou à citer respectueusement Shigeru Miyamoto (mais si… vous savez, le père de Mario… ah non ? vous savez pas ?).

C’est ainsi qu’il avance, un pied dans la photographie, l’autre dans la peinture ; un pied dans la culture savante, l’autre dans la pop culture. Parfois, il met même un troisième pied dans le plat. Quand il marche, il lui arrive de s’empêtrer et de tomber. D’autres fois, il se rapproche de la beauté et de l’harmonie, livrant dans ses toiles un peu de ce qu’il est au fond : un homme de cœur, un ami fidèle et généreux, quelqu’un dont la passion est de donner.



Princesse Céline m'a demandé d'écrire ce texte pour une exposition de la Fripouille. Je le mets en ligne avant qu'il ne soit refusé. On remarquera la jolie fellation finale.

19:09 Publié dans Fiches personnage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires

Comme toujours, j'adore ces fiches de personnages.
Un vrait talent pour décrire avec humour et poésie ceux que vous aimez...

Ecrit par : Scorpions Forever | 29.06.2006

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