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08.01.2007

Nouvelle obsolète

« Cui-là, ni l’bon Dieu, ni l’diab n’en veulent », disait ma mère d’une voix méprisante en parlant de Gustave. Des Gustave, chaque pays en avait un. Un peu ouvrier agricole, un peu voleur, porté sur la bouteille et le jupon, toujours au bistrot et jamais à l’église. Mais notre Gustave était un peu spécial : le nôtre, ni l’diable, ni l’bon Dieu n’en voulaient. Il travaillait à la demande dans les fermes du pays. On l’accusait du moindre chapardage, mais on ne pouvait se passer de lui pour les travaux, et, aux foins, il abattait seul et toujours sifflant le travail de trois hommes, on avait peine à le suivre. Le tout en buvant sa bouteille de goutte quotidienne. Il impressionnait les filles à qui il distribuait des bouquets de fleurs sauvages, la chouette lui répondait et il attrapait pour rire des buses de ses mains nues. Le diable n’était pas plus malin. En rentrant d’une foire, on le croisait immanquablement à des heures indues dans un chemin creux. On le saluait quand même chapeau levé car il faisait peur. On disait qu’il tarissait les bêtes de celui qu’il n’aimait pas.

L’hiver soixante-dix a été brumeux et particulièrement neigeux. Le pays a perdu deux fermes dont les familles sont parties travailler pour d’autres. Nous étions avec Marie et Joseph à chasser la grive en fumant un cigare que Joseph avait trouvé. J’étais l’aîné, j’avais huit ans. Nous étions au bois, au-dessus de la pièce Thomas. C’est Marie qui l’a vue en premier. Une jambe qui sortait du sol. Moi, des morts, j’en avais déjà vu, mais c’était au calme, à la lumière des bougies, avec le bel habit, allongé bien droit dans le lit qui les avait vus naître. Et puis la dernière neige avait trois jours au moins. C’était pas une mort chrétienne. Ce jour-là, on en a eu la bouche tellement bée qu’on a plus jamais revu notre cigare.

C’est Joseph qui a commencé à enlever la neige. Il avait six ans et Thomas, son père, le posait sur un taureau sans crainte. Une bête de quatre cents kilos… Joseph riait en pinçant le cuir. La neige faisait un monticule, il y avait un corps là-dessous. La neige était rougie quand on creusait autour de la jambe. On a trouvé la tête, c’était Gustave, les yeux clos et les lèvres blanches. On est descendu en courant comme si le loup était après nous, Marie a perdu un sabot et continuait à courir.

En remontant avec le père Thomas, on a pas trouvé le sabot, il y avait des traces de pas d’homme, elle suivait les nôtres et on les a remontées jusqu’au monticule d’où Gustave était parti sur ses pieds comme le montraient les empreintes. Il était rentré chez lui après trois jours sous la neige. Il y avait bien des traces de sang. Une fois de plus, ni l’bon Dieu, ni l’diable n’en avait voulu. Gustave redonna à Marie son sabot le dimanche suivant.

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Commentaires

Rrhhaa trop bien =)

Ecrit par : Mademoiselle Yum | 08.01.2007

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