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23.05.2009
Petit bouddha
Quand, brindille brisée, tu es née sans crier et que, tes yeux plantés dans les miens, tu semblais chercher une explication à la dureté de ce monde, tu faisais trembler mon âme. Et je n'osais te dire que, de nous deux, c'est moi qui n'y comprenais rien.
Quand, baignée et nourrie, grasse comme une Vénus de la Renaissance, embaumant l'air autour de moi, tu ris dans mes bras, je n'ose te dire que c'est moi qui me sens propre et repu et que c'est moi qui suis heureux.
Quand, petit bouddha rieur, simplement assise sur ton cul, avec cet air affairé de qui accomplit des choses capitales, tu joues avec tes doigts et tes cubes multicolores, c'est moi qui découvre, apprends et suis fasciné.
Quand tu es née, chaque fois que je voyais une petite fille, je voyais la promesse de te voir un jour forte, vive, clairvoyante et belle. J'étais heureux. Aujourd'hui, chaque rire d'enfant, chaque pleur, chacune de ces silhouettes minuscules qui courent à perdre haleine, toutes ces voix perchées, accrochées aux cieux, dont tu es descendue, me rappellent que je suis loin de toi. Et que ma vie s'est souvent résumée à cela : avoir aimé beaucoup sans avoir jamais assez aimé.
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