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09.06.2009

Beautiful losers

Le combat de boxe que je préfère, c'est le combat Ali-Foreman à Kinshasa. Ali a perdu son titre des années avant. Il tente un retour auquel personne ne croit, sauf ceux qui sont prêt à faire de l'argent sur son dos. Foreman est un puncheur redoutable, aux crochets et aux uppercuts dévastateurs, invaincu (40 combats, 37 KO). En plus de sa force de frappe impressionnante, il est increvable sur un ring, il encaisse sans broncher, n'a jamais subi de KO, n'a jamais mis ne serait-ce qu'un genou à terre. C'est un granit noir, on ne le frappe pas, on s'y heurte et on s'y blesse.

Pendant toute la première partie du combat, Foreman travaille Ali dans les cordes. Il le casse, il le brise, il souffle sur les miettes en attendant le KO qui ne manquera pas de venir. C'est plus de la boxe, c'est un passage à tabac. Ali faiblit. Ali perd. Mais il encaisse. C'est tout ce qu'il veut. Il est toujours debout. Les coups de butoir de Foreman tombe sur la garde d'Ali qui le chambre pour l'énerver. Foreman cogne plus dur qu'il ne l'a jamais fait. Puis le combat prend une autre tournure, Foreman épuisé par sa propre puissance donne tout et commence à prendre des contres. À partir du cinquième round, il est déjà battu. Ses crochets cognent dans le vide, on dirait qu'il peine à lever les bras. Le pas est lourd. La boxe maladroite. Ali lui fait mouche en gardant la distance. Il voltige. Il finit par mettre Foreman à terre au huitième round. Épuisé, Foreman met une seconde de trop à se relever. Ce sera le seul KO de sa carrière.

Dès le cinquième round, le combat est perdu pour Foreman. Pourtant, il y retourne. Il va prendre sa leçon. Il va prendre sa raclée. Tout le monde le sait.

Quand je regarde un combat, c'est toujours le perdant qui m'intéresse. Je trouve que la force, le courage, l'honneur se trouvent du côté du perdant. C'est le perdant qui combat. La souffrance physique, la peur, la certitude de la défaite. L'autre fait juste son boulot.

On continue à m'annoncer ma défaite, à me dire que je vais droit dans le mur... Plusieurs rounds sont déjà passés. J'ai déjà beaucoup perdu. Il faudrait, n'est-ce pas,  jeter l'éponge. On oublie sans doute que jeter l'éponge, c'est perdre juste un peu plus tôt, en ayant un peu moins mal. Que c'est simplement rester assis sur un tabouret, se faire soigner, se reposer, renoncer à souffrir, parce qu'on a plus la force de se tenir debout et d'encaisser. Jeter l'éponge, c'est surtout perdre à tout jamais. C'est être sa propre défaite. C'est porter soi-même son propre échec.

Si je me plante, au moins me serai-je planté debout, le froc bien remonté, les jambes bien droites dans tes bottes.

On me dit que je suis un branleur, que je fanfaronne, que je ferais mieux de la fermer. C'est quand même pas normal que je continue de me la raconter avec ce que je prends dans la gueule, que je continue de lever les bras au lieu de coucher les pouces, que je gueule même. Tout ce que je mérite c'est de m'écrouler ou de sortir du ring.

C'est que chez moi, c'est les mots la charpente, le squelette, l'armure. Tant que j'ai mes mots, je suis debout. Je suis du genre à monter à l'échafaud avec une vanne à la gueule. Ce n'est pas de l'inconscience. Je chie dans mon froc comme tout le monde, peut-être même plus. Mais c'est pas une raison. Quitte à crever, autant le faire la gueule ouverte.

Si je vais droit dans le mur, ce sera comme je bois, debout jusqu'à ce que je m'écroule.

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