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21.09.2009

Extrait 1 (version non corrigée)

Hélas, Jean et Joseph Grimbosq ne viennent que de l'obscurité. De leurs naissances, on ne sait rien. Du linge  et de l'eau chaude ? Des cris de douleurs ? Au mois de juin 193..., plusieurs témoignages font état d'un enfant quasi nu qui vivrait dans la forêt de Grimbosq. Il est très farouche, et s'enfuit au moindre mouvement et au moindre bruit. On lui donne aux alentours de cinq ans. Malgré le scepticisme des autorités, au vu de la multiplication des témoignages, une battue est organisé le 15 juin. Le résultat est nul mais a les honneurs de la presse locale...

 

Sur la côte non  loin, se repose Jules Marie, explorateur oublié et chasseur invétéré qui vient de rentrer d'Afrique et qui se remet plutôt bien d'une vilaine dysenterie. Il entend parler de l'affaire. Bien que son nom ne soit pas passé à la postérité, Jules Marie n'est pas n'importe qui. Héritier d'une famille normande ayant réussi dans l'industrie en montant plusieurs usine en Suisse Normande le long du val de l'Orne, Jules Marie a su faire fructifier son héritage en investissant dans le commerce. Il a de grands bureaux à St Louis du Sénégal lesquels centralisent une bonne part des exportations de l'Afrique occidentale française vers le continent. Sa maîtrise des coutumes commerciales locales, son art subtil du backchich, sa main-mise sur les infrastrutures du fleuve Sénégal, ses réceptions où se côtoient diplomates et aventuriers, petite aristocratie et haute-pègre en font un interlocuteur unique régnant de façon quasi hégémonique sur un territoire de 5 millions de mètres carrés dont il est vrai une bonne partie de désert. Mais Jules Marie ne doit sa réussite qu'à une particularité qui le différencie de ses concurrents de l'époque, qui se liquéfiaient abrutis de maladies vénériennes, de quinine et d'alcool sous les palmes mouvantes de serviteurs silencieux dans des bureaux caniculaires. Ce n'était pas un commerçant dans l'âme. Il était avant tout explorateur. Il passait plus de temps à parcourir l'AOF qu'à négocier les prix du caoutchouc, mais cela lui permettait d'avoir de nombreux contacts tout au long du fleuve Sénégal, une excellente connaissance des cultures et des langues de ses interlocuteurs nègres qu'il traitait, en dehors de la présence d'autres colons, en amis. Il faisait parti de ces hommes qui aiment simplement être assis sur leur cul pourvu qu'ils aient l'estomac plein et un verre à partager. Quant il se levait, il partait droit devant lui à travers jungles, montagnes, déserts jusqu'à trouver à nouveau un peu d'ombre, un interlocuteur et une tasse pleine d'eau bouillie et de fleurs d'hibiscus. Il ne faisait demi-tour que quand sa santé versatile le lui imposait. Il revenait alors en civière ou en pirogue délirant de fièvre, vomissant par dessus bord, absolument ravi. Sa passion pour le voyage au long cours lui venait des chasses de son enfance avec son grand-père et il emportait pour ses expéditions de nombreux fusils afin d'abattre toute créature potentiellement comestible ou simplement inconnue.  Il ne manquait cependant pas de délicatesse et chassait aussi le papillon, activité pour laquelle après quelques échecs retentissants, il avait abandonné le fusil. Il revenait de ses chasses avec des diarrhées homériques et des trophées nombreux qu'il exhibait volontiers pour épater la galerie de Saint-Louis. Il disparaîtra dans les années 40 sur les rives du lac Télé pour avoir voulu chasser le mokele mbembe, sorte de monstre du Loch Ness africain dont l'existence n'a toujours pas été prouvée. Si son nom demeure inconnu, c'est qu'il ne fit jamais publicité de ses multiples explorations, qu'il ne s'intéressait pas particulièrement aux premières, qu'en dehors de ces chasses il ne ramenait rien, ni cartographie, ni témoignagne, ni objet primitif et qu'il était plutôt considéré comme un touriste de luxe dont la fortune considérable autorisait toutes les lubies. En 193..., il n'avait encore jamais traqué d'enfant sauvage et il se proposa spontanément. Arrivé sur les lieux le 17, il fit une enquète auprès des témoins pour pointer sur une carte les différents lieux d'apparitions. Les jours suivants, il parcouru les multiples chemins forestiers du secteur pour déterminer l'endroit de passage le plus probable. Il construisit de ses propres mains un affût dans lequel il amena ses provisions et une peau de buffle et attendit...

 

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