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<title>mon poing dans ta poche - los_tristes</title>
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<title>Mala suerte</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Los tristes</category>
<pubDate>Wed, 25 Oct 2006 08:55:00 +0200</pubDate>
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C’est après le départ des Indiens que sont apparus les tristes. Comme si une malédiction avait frappé le village. Comme si d’avoir tiré au fusil quelques qinchua, éventré la forêt, souillé la rivière devait être puni par l’incarnation des autres, de ces éphémères &lt;a href=&quot;http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/07/03/el-monton-de-ropa.html&quot;&gt;qui crèvent à la tombée de la nuit&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/09/21/al-corazon-vacio.html&quot;&gt;qui se crèvent à la tâche&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/10/17/toros-de-lidia.html&quot;&gt;que l’on achève comme des bêtes malades&lt;/a&gt;, contaminée, contaminante. Les anciens parlent d’un temps sans les tristes, un temps qu’ils jugent meilleur, même si c’était celui de la famine, du choléra, et des mort-nés. Le tribut à la mort leur semblait plus juste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On apprenait des Indiens le nom des animaux et des plantes. Un quiproquo tournait de temps en temps au meurtre. C’était le bon temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous se souvenaient encore de ce qu’ils avaient quitté. Une maison pauvre du quartier pauvre d’un pueblo accroché à une terre pauvre. Tout ça se trouvait de l’autre coté de la grande traversée, du mal de mer et des kilos vomis par-dessus bord. Là-bas, la terre appartenait à quelques-uns ; ici, elle se donnait au premier arrivé. Elle faisait des concessions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Personne ne se souvient du jour, de l’année exacte de l’arrivée des tristes. Ni si le premier fût un hémère, un faiseux ou un boucqué. On a pu confondre d’ailleurs... L’hémère avec celui de passage ou le faiseux avec le fou. Mais les anciens sont d’accords pour dire que ce fût quand la mort déserta le village, après plusieurs années consécutives de bonnes récoltes, aprés la construction d’une église, aprés l’arrivée du médecin qu’apparurent les tristes. Et oui, sans doute, c’était une malédiction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais si les hémères rendent les soirées affreusement nostalgiques, même si les faiseux inquiètent, même si les boucqués soulagent et font honte, la véritable malédiction pour le pays fut l’arrivée des colonels et pour le village, l'arrivée des absents.
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<title>Toros de lidia</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/10/17/toros-de-lidia.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Los tristes</category>
<pubDate>Tue, 17 Oct 2006 13:40:00 +0200</pubDate>
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Les boucqués ne font jamais long feu, ou alors cachés, terrés, terrorisés. Même dissimulés dans une vieille malle de voyage, on sent leurs présences inquiètes et l’odeur douce de leurs plaies, du sang qu’ils ne cessent de saigner. Ils implorent la clémence et reçoivent le châtiment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce sont des hommes blessés (jamais des femmes) dont les démarches chancelantes attisent immanquablement la haine. Les boucqués ont un visage différent pour chacun, mais pour tous la gueule des mauvais jours, des mauvais endroits aux mauvais moments. Voir un boucqué, c’est tout de suite se souvenir de la faim, de la peur, de la solitude, de la disparition d’un amour et du caillou dans la chaussure et de la fatigue d’avoir mal, d’être soi, d’exister…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le boucqué paye pour nos mauvais souvenirs. Trouvé par les gamins qui lui jettent des pierres, il s'abrite sous un porche. Une pierre frappe la porte et c’est Blas, Candida, Salvador ou un autre qui le renvoie dans la rue à grands coups de pieds. Le boucqué vagit et boîte et saigne. Une pierre l’atteint en pleine tempe, il s’écroule à quatre pattes et les gamins lui font une ronde d’insultes, de crachats. Et c’est Blas, Candida, Salvador ou une autre qui sort le fusil à la main, la colère dans chaque muscle et pour achever le boucqué à coups de crosse. C’est que la poudre est chère et que tous en ont besoin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le boucqué abandonné, mourant, gémit des heures sous le soleil de midi. Il crève pendant la sieste. Le soir, les hommes saouls lui pissent dessus et les chiens arrachent des morceaux qu’ils dédaignent un peu plus loin. Quand l’odeur devient insupportable, on va le jeter dans la jungle prés des anciens campements indiens ou bien on le brûle sur place aspergé de mauvais alcool, un mégot jeté sur le tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Corrigé le lendemain : six mots effacés, une virgule enlevée et deux mots modifiés).
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<title>El corazon vacio</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/09/21/al-corazon-vacio.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Los tristes</category>
<pubDate>Thu, 21 Sep 2006 04:00:00 +0200</pubDate>
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Les faiseux vous serrent toujours le cœur. Ils vous le serrent à la longue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Celui-là fait des bulles de savon… C’est beau une minute, drôle une heure, déconcertant une journée… Au bout de quelques jours, cela devient sinistre cette répétition absurde du même geste. Il faut en avoir vu un faire ou essayer de faire des bulles sous l’orage pour comprendre que même les plus doux des faiseux sont lugubres…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je ne parle pas de celui qui l’hiver dernier passait son temps à creuser des tombes inutiles au cimetière, ou de cet autre qui comptait un à un les cailloux au gué de la rivière. Le premier a pris un coup de fusil par le fossoyeur, le second a été emporté par les crues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont les yeux creusés. Ils ne mangent que si on leur donne de la nourriture. Ils ne dorment qu’en s’écroulant. Ils maigrissent à vue d’œil, ils s’assèchent dans leur activité presque ininterrompue et meurent vite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parfois, ils sont plus que des hommes. Celui-là tuait des pumas à main nues, il revenait des montagnes aux bouts de quelques jours, couvert de sang et portant les fourrures. Son corps entier portait des stries sanglantes dans lesquelles, les enfants lisaient au soir de son retour les combats contre les fauves. Il dormait plusieurs jours consécutifs, délirant de fièvre, jusqu’à avoir la force de se relever, et de repartir saigner à des kilomètres d’ici. Les peaux, il n’en faisait rien. Les faiseux ne font jamais rien de ce qu’il font.
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<title>Lo que Pepe dice</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/07/14/lo-que-pepe-dice.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Los tristes</category>
<pubDate>Fri, 14 Jul 2006 21:40:00 +0200</pubDate>
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Pepe dit que c'est un pays compliqué. Il dit aussi que le village est à l'image du pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début, il y avait les Indiens et l'esprit du jaguar et ceux de la forêt. Les Indiens étaient heureux, le jaguar était fort et ceux de la forêt nombreux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis les Espagnols sont arrivés. Ils ont amenés leur langue, le Christ (Pepe se signe), les fusils, la madie, la pauvreté et un peu le travail. Pepe était un Indien qinchua. Les Espagnols ont construits des maisons prés de la rivière. Ils ont donné des noms aux choses sans le leur demander, et ils sentaient drôle. Les Qinchua vivaient juste derrière les arbres et Pepe est tombé amoureux d'une Espagnole. Il est venu vivre au village. De honte, les Indiens, le jaguar et ceux de la forêt sont partis plus loin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec les Espagnols sont arrivés les Italiens, les Allemands, les Français, les Hollandais et beaucoup de couillons. Ils n'avaient rien et ne pouvaient pas aller plus loin. Le village a grossi, et les Espagnols l'ont appelé Rio Arboseco. Ils ont donné un nom au pays pour qu'on les appelle plus les Espagnols, mais Pepe ne s'est pas laissé avoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin sont arrivés les Yanki. Ils ont détourné la rivière construit l'usine et donné du travail à tout le monde. Pepe vivait jusque là de chasse, de cueillette, de pêche et de cultures. Mais Soledad voulait de l'argent et elle a envoyé Pepe à l'usine. Pepe dit que le travail est la chose la plus stupide du monde et que c'est bon pour les couillons et les hommes mariés. C'était sans doute la juste punition pour un Qinchua parti vivre avec une Espagnole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le pire est arrivé. Dans ce village, comme dans tous les villages du pays, est arrivé le colonel. Le colonel a expliqué la loi. La loi dit ce qu'il faut penser dire et faire. Ceux qui n'étaient pas d'accord ont disparu. Mon père et ma mère ont disparu à ce moment là et c'est Pepe qui m'élève.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pepe dit qu'au temps des indiens, il n'y avait que des hommes, qu'avec les blancs sont arrivés les hémères, les faiseux et les boucqués , mais que c'est avec la dictature que sont apparus les absents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juan.
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<title>El monton de ropa</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/07/03/el-monton-de-ropa.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Los tristes</category>
<pubDate>Mon, 03 Jul 2006 16:45:00 +0200</pubDate>
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Pepe dit que les hémères naissent quand le premier rayon de soleil franchi la ligne d’horizon. C’est vrai qu’on ne les voit jamais la nuit, c’est Julio qui me l’a dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le matin, ils sont très gais, courent après les papillons, dansent n’importe où et prennent de petits objets brillants qui traînent. Leurs yeux sont tout plissés par le rire et le soleil. Ils rient brusquement en battant des mains. Ils font des marelles dans les cours, seuls. L’après-midi, ils font la sieste… Au réveil, ils ont de grands yeux tristes, ne rient plus, ne jouent plus. Ils regardent par-dessus leur épaule et s’effraient d’un rien. Le soir, on les entend sangloter. Pepe dit qu’ils sont comme transparents et qu’on pourrait presque voir le coucher de soleil à travers. Quand la nuit tombe, ils disparaissent, laissant à leur place leurs vêtements vides. On ne les entend plus pleurer. Pepe dit que c’est à cause des pleurs que les enfants sont tristes quand la nuit tombe, il dit que je ne suis plus un enfant, mais ça me rend encore triste, je ne le lui dis pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Julio dit que les fantômes, qui sont très transparents, c’est comme ça qu’on les reconnaît, il dit que les fantômes sont des hémères à qui sont accordés une nuit et un jour supplémentaires grâce à la lumière de la pleine lune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on trouve des vêtements d’hémères, il ne faut pas les mettre, ça porte malheur. Il faut les brûler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juan.
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