30.10.2006
Louptérature : Jeff Smith : La caverne du vieil homme
"- Hé, gaffe à ce que tu fais ! C'est l'eau de mon bain que tu renverses !
- Depuis quand aimes-tu prendre des bains ? T'es généralement pire qu'un chat dès qu'il s'agit de se mouiller.
- Depuis qu'on a passé des semaines dans la montagne ! Tout homme qui se respecte a des limites en termes de couches de crasse... Dis, t'entends ça ? C'est quoi ?
- On dirait un loup.
- Oh ! Mais ce n'est pas un rat-garou, alors ?
- Non, c'est juste un vieux loup solitaire qui hurle au crépuscule.
- C'est plutôt triste tu trouves pas ? Tu crois qu'il va venir ici ?
- Le loup ? S'il essaie, Ted le fera partir. Allez, on remporte de l'eau.
- Tu sais, Fone bone, ça fait du bien d'être de retour à la ferme de Mamie Ben. C'est presque comme si on était de retour chez nous... Thorn a dit quel était le plan ? On part pas tout de suite, si ?
- C'est Thorn qui décide."
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22.09.2006
Louptérature : Patrick O'Brian : Capitaine de vaisseau
" Jack ferma les yeux. Il s'accorda une longue pause, un répit. Quand il les rouvrit, le ciel devant eux s'éclaircissait. De l'autre côté, la lune avait sombré dans la brume, très loin, au fond d'un entrelacs de vallées cachées.
Les pins. Et soudain, il n'y eut plus de pins. Rien que quelques buissons rachitiques, de la bruyère, de l'herbe à ciel ouvert. Ils se trouvaient à la lisière supérieure de la forêt, une limite bien nette, découpée au rasoir. Ils s'immobilisèrent, regardèrent en silence. Deux ou trois minutes plus tard, dans l'oeil du vent, Jack perçut un mouvement. Il se pencha vers Stephen.
- Un chien ?
Des soldats qui avaient eu l'idée d'utiliser des chiens ? Ils avaient perdu, ils avaient échoué, si près du but ?
Stephen lui souleva la tête et murmura, droit dans l'oreille velue :
- Un loup. Un jeune... Une jeune louve.
Il attendit. Il examina les buissons, les roches nues, de gauche à droite, puis il s'avança. Il marcha à pas mesurés sur l'herbe rase, jusqu'à une pierre plantée au sommet de la pente. La pierre était carrée, et la croix qui y était gravée était peinte en rouge.
- Jack, dit-il, en menant son ami au-delà de la borne, j'ai l'honneur de vous souhaiter la bienvenue chez moi. Nous sommes en Espagne. Ma maison est là, un peu plus bas... Nous sommes arrivés. Venez que j'ôte votre tête ! Vous pouvez respirer, maintenant, mon pauvre ami. Il y a deux sources là-bas, un peu au-dessous du sommet de la colline, prés des marroniers. Vous pourrez ôter cette fourrure et vous laver. Je suis ravi d'avoir vu ce loup ! Regardez, voici une crotte toute fraîche. Il n'y a aucun doute, nous sommes à l'endroit où un loup urine pour marquer son territoire. Comme tous les canidés, ils ont leurs habitudes...
Jack se laissa tomber lourdement sur la pierre, haleta, emplit ses poumons assoifés d'oxygène. La réalité reprit le dessus sur la souffrance. " Des gogues de loup... Ah, oui ! " Juste en face de lui, le sol disparaissait. Presque un précipice. Deux mille pieds, la Catalogne espagnole s'étendait dans la lumière du matin. Il vit un château avec une haute tour, juste au-dessous d'eux, sur une saillie rocheuse - à un jet de pierre. Les Pyrénées déroulant leurs longs plis, loin, très loin vers la plaine. Des champs carrés. Le vert des vignes. Une rivière étincelante, à main gauche, serpentant en direction de l'immense étendue de la mer. La baie de Rosas, et le cap Creus tout au nord. L'eau familière, et le vent chaud au goût de sel.
- Je suis heureux que le loup vous plaise autant, dit-il enfin d'une voix de somnambule. Il y a... Ils sont excessivement rares, je suppose.
- Pas du tout, mon cher. Nous en avons beaucoup. La nuit, ils ne laissent pas nos moutons en paix. Non. Sa présence signifie que nous sommes seuls. C'est pourquoi je me réjouis. Mais je pense que nous devrions tout de même descendre à la source. Cette louve est peut-être sotte... Regardez-la, qui s'enfuit dans les genévriers. Je ne lui souhaite pas d'échouer là où nous avons réussi. Une patrouille par hasard, des douaniers plutôt que des soldats, ou un sergent zélé armé d'une carabine... Vous pouvez vous lever ? Que Dieu me vienne en aide, j'en suis à peine capable. "
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