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<title>mon poing dans ta poche - totems</title>
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<title>Portrait de la myxine</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2009/03/26/eloge-de-la-myxine2.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Totems</category>
<pubDate>Thu, 26 Mar 2009 16:39:00 +0100</pubDate>
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Les baleines meurent, c'est un fait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a déjà vu des baleines mourir. A la télé, en tout cas. Elles agonisent dans de grands bouillons d'écume rougie au milieu des baleiniers en poussant leur chant du cygne - car les baleines sont de sacrées copieuses. Poursuivie par deux baleiniers, l'un tokyoïte, l'autre kyotoïte, elles ondulent une dernière fois en s'interrogeant sur la vacuité du monde et en regrettant de n'avoir rien mangé d'autre que du krill. C'est triste. On les monte sur le navire vainqueur dont le sillage rougeoit à son tour pendant qu'on dépèce l'animal. On fera sécher son pénis pour frimer dans les vestiaires. Sur le navire bredouille, tous les marins se font &lt;em&gt;seppuku&lt;/em&gt; et le sang coule le long du baleinier. Les japonais sont mauvais perdant. Si vous voulez évitez de tâcher de sang votre moquette neuve, ne battez jamais un japonais au scrabble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais les baleines meurent aussi naturellement. On ne voit pas ça à la télé. Elles attrapent des rhumes parce qu'elles vivent dans un milieu humide. La baleine est fragile et le rhume triomphe du gigantesque animal dont la carcasse dérive avant de couler.  D'abord, la dépouille est dévorée par les requins. On fait d'eux de redoutables chasseurs, profilés pour tuer, alors que ce sont surtout des fainéants opportunistes qui ne dédaignent pas la charogne. Le requin, fier de sa réputation, ne se nourrit ainsi qu'en cachette et à l'heure de l'apéro. Puis, la curée achevée, la dépouille coule avec la majesté silencieuse que confèrent la mort et la mer à toutes choses. Quelques milliers de mètres plus bas, la baleine échoue sur la plaine abyssale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La plaine abyssale est un des plus grands écosystèmes de la planète. Elle s'étend à perte de vue et c'est bien dommage car on y voit rien. Il y fait froid, il y fait nuit, c'est le monde idéal du dépressif. La pression y est si énorme que même un &lt;em&gt;trader&lt;/em&gt; n'y tiendrait pas. D'ailleurs, on y voit jamais de &lt;em&gt;trader&lt;/em&gt;, ou alors dépressifs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autour du cadavre surgissent les myxines. La myxine est injustement méconnue. Elle est pourtant voisine de la lamproie, ce qui ne nous avance guère. Les scientifiques pensent qu'elle est anguiliforme, alors qu'elle ressemble à un ver. Un gros ver, quelque part entre la taille de mon bras et celle du vôtre. Elle est à la laideur ce que le haïku est à la poésie, une forme épurée, dont la simplicité ne cache pas la perfection. Même un zoophile chevronné débanderait tant elle est laide. C'est dommage, son squelette cartilagineux est d'une souplesse à toute épreuve et sa bouche est dévorante. Sa langue est pourvue de deux rangées de dents, ce qui n'est pas commun, même dans les bordels suisses les plus huppés. Elle a une unique dent sur la palais. Tout cela est éminemment sexy. Hélas, elle se nourrit d'une façon telle que les estomacs les plus accrochés se révulsent comme les autres. C'est un vrai tue-l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme les asticots sur la souris, les myxines grouillent sur la baleine morte. Le milieu aquatique donne à la vision une mollesse hypnotique. Elles ondulent comme des algues. Puis elles disparaissent, une à une. Elles s'enfoncent dans les chairs, car la bouche de la myxine est faite de telle façon que le charognard puisse s'enfoncer dans la charogne et se repaître de l'animal. Elle se nourrit de l'intérieur de la bête. Dans ces conditions, difficile d'inviter la myxine à souper en bonne compagnie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, alors qu'il ne reste plus que des os, elle repart dans l'obscurité, solitaire, affronter la faim en attendant que des cieux noirs tombe un nouveau cadavre de baleine.
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<title>Totems (3)</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/03/30/totems-3.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Totems</category>
<pubDate>Thu, 30 Mar 2006 12:30:00 +0200</pubDate>
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LE LOUP :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En tant que loup, j’ai beaucoup erré en forêt. C’est d’ailleurs là que je suis le plus loup ; je marche d’un pas souple et silencieux, mes narines s’ouvrent, mes oreilles se dressent et j’ai de l’espace plein le nez. Je préfère alors marcher seul, les hommes qui m’accompagnent parfois font trop de bruit, ne connaissent pas l’affût, sont impatients d’aller quelque part. Au bout d’un moment, je vais courir dans le taillis, oubliant les chemins et traçant ma voie de loup. Je fais des rencontres, j’écoute le babillage du petit peuple de l’eau dans le chant d’une rivière, j’essaie de m’épuiser, de m’enivrer. Ce que j’aime le plus dans la forêt, c’est que tout y est vivant. Ce qui me déplait le plus chez les hommes, c’est que tout y est mort, stérile et par conséquent abscons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;TROIS RENCONTRES :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LE RENARD :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce jour-là, je suis énervé après Q. qui me saoule depuis vingt minutes avec mon barbecue… Je décide de faire un tour, voir là-bas si j’y suis et si j’y suis plus calme qu’ici. Je pars marcher, mais comme le repas va bientôt être servi, je dois faire vite. Je marche vite aussi pour me faire sortir la colère du corps. Sur le chemin montant en lisière de forêt, débouche un renard, à une trentaine de mètres devant moi. Le vent est à mon avantage, mais il se retourne et me voit. On se regarde. Je m’attends à ce qu’il se renfonce dans le taillis. Mais, il poursuit sur le chemin, admettant ma présence et j’adapte mon pas au sien pour le suivre à distance égale. Après plusieurs dizaines de mètres, il passe à  gauche pour suivre en lisière de champs une sente animale que j’avais déjà repérée. Je vais voir, il a disparu. Je redescends chez moi, la colère envolée. Q me chambre un peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LE CYGNE ECHAPPE DE SAINTE-ANNE :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai trouvé un boulot de loup, je bosse dans les chemins avec un collègue Herr Klaus. C’est un gars de mon gabarit, virois d’origine et manchot d’adoption, kayakiste, amoureux de la nature et du monde rural. Il m’a d’ailleurs beaucoup appris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On passe toutes nos journées aux grands airs à prendre des notes, faire du balisage, nettoyer des coins, choisissant nos arbres, nos pierres au mieux. Le soir, claqué par la journée de boulot, on va fumer un joint  dans un coin sympa, le cul dans l’herbe, le nez au vent, en rigolant des aventures de la journée et en préparant l’itinéraire du lendemain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir-là, Herr Klaus décide de se poser prés de l’Orne, à un endroit où elle fait un coude en se heurtant à une falaise. On est pas loin de la source, la rivière est à cette endroit plus jeune et plus vive que celle que je connais, la crue qu’elle subit accentue cette impression. On roule le pétard dans la caisse et on sort fumer sur la rive. On entend alors un flap-flap impressionnant qui vient de notre gauche, ce sont les ailes d’un cygne qui heurtent l’eau en décollant. Il remonte la rivière et vient vers nous. Il se pose deux mètres plus loin dans l’eau. Nous sommes ravis, ce cygne vient nous rendre hommage sans doute, nous faire admirer sa beauté, discuter avec des interlocuteurs dignes de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avance en nageant doucement vers nous, on se recule pour ne pas l’effrayer, et parce que nous le sommes un peu, quelque part, au fond. Un cygne c’est une belle bête, ils atteignent parfois le mètre cinquante. Et puis, il paraît plus gros encore car il a les ailes légèrement ouvertes et les plumes du coup hérissées. Il monte sur le rivage, on se recule et là il nous attaque… Morts de peur, on court se réfugier dans la caisse. Herr Klaus se retourne vers moi, on éclate de rire. On vient de courir comme des dératés, la trouille au ventre poursuivi par un palmipède con comme une bite.  Les hommes des bois viennent de se taper la chouma à cause d’un oiseau. On regarde dehors, le cygne est à l’affût, il nous attend. On vérifie dans nos faunes, et on se rend compte qu’on est en pleine période de nidification. On avance la voiture au ralenti, le cygne suit en barbotant, on recule, il remonte la rivière surveillant le véhicule. On restera une petite heure en refumant un joint et sans cesser de rire, sortant de la voiture pour se faire attaquer aussitôt, élaborant des stratégies pour qu’il nous laisse tranquilles. On en a mal au ventre tellement on rigole. Je me promets de repasser un jour, hors période de nidification.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je repasse seul, quelques mois plus tard, c’est la fin de journée, je décide d’aller fumer un joint là-bas car je sais que l’Orne déborde et que ce sera très joli. Ça me permettra de vérifier aussi si le passage est toujours possible même en cas de crue violente, de signaler éventuellement le problème dans le guide, voir de proposer un itinéraire bis. J’arrive à peine que le cygne est déjà là ; je descends, il attaque. Je vois que le passage est toujours possible. Je me casse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des mois plus tard, on inaugure l’itinéraire avec un groupe, plus de deux cents bornes de marche, d’est en ouest, traversant une bonne partie du domaine forestier ornais. Le tout pour arriver dans la baie du Mont-Saint-Michel. Au jour de l’étape qui passe chez le cygne, alors que je vérifie l’itinéraire pour prévoir pauses, ravitaillements, passages difficiles, je signale à l’équipe qu’au moment du franchissement de l’Orne, ils rencontreront le cygne échappé de Sainte Anne, et qu’il est dangereux… On me regarde en hésitant à appeler les urgences psychiatriques, mais je suis le gars de terrain, j’ai l’habitude qu’on me prenne pour un con.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, au moment du débriefing, j’apprends que le cygne a attaqué un petit groupe de retardataires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LE SOUFFLE DE LA TERRE ET LA DANSE DE L’ARBRE :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On est dans la voiture à l’entrée d’un chemin que je ne connais pas, d’après la carte, la portion est longue et accidentée, il y un peu de balisage à faire.&lt;br /&gt;« Tu vas voir, c’est assez sauvage, ça va te plaire… Je t’attends à la sortie du chemin. »&lt;br /&gt;Je pars et je retrouve Herr Klaus à l’endroit prévu. Il est hilare dans la voiture.&lt;br /&gt;« Regarde au pied du pin, là. »&lt;br /&gt;Je regarde et je vois la terre se soulever lentement et s’affaisser au même rythme, cela recommence presque régulièrement, la partie qui se soulève fait une surface d’environ quatre mètres carrés et elle lève de prés d’un mètre. Moi, je suis ébaubi. Je comprend rapidement, l’arbre au pied duquel respire la terre est légèrement déraciné, il part à l’oblique et le vent l’agite, le penchant et soulevant par levier ses racines et la terre prise dedans. C’est d’une beauté stupéfiante.&lt;br /&gt;« T’as vu.&lt;br /&gt;- Ouais. Terrible !&lt;br /&gt;- Bon, on bouge, parce que la dernière fois que j’ai vu un truc comme ça, les racines ont projeté une pierre qui a atterri sur mon pare-brise. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aime le vent, et j’aime aller en forêt par grand vent. Le nez au ciel, je regarde la cime des arbres qui dansent au gré du vent. C’est une danse de géant, lente et pleine de force, une danse de centenaires en pleine force  de l’âge. C’est une danse qui dit que les arbres sont vivants et qu’ils sont heureux quand il vente et qu’il pleut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce texte  est dédié à ceux qui ont fait de longues marches avec moi, P’tit Fred, Mick Tendresse, l’Évangéliste, Cécé et Boubou.&lt;br /&gt;Ce texte est plus particulièrement dédié à Herr Klaus, sa belle et ses enfants.
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<title>Totems (2)</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2006/01/17/totems-2.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Totems</category>
<pubDate>Tue, 17 Jan 2006 17:40:00 +0100</pubDate>
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S'INCARNER :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis un loup la plupart du temps... Je suis fin de corps, et j'ai la langue qui pend lorsque je traverse pour des raisons qui ne regardent que moi des territoires entiers. Si je mange énormément, c'est parce que je mange peu. Si je suis solitaire, c'est parce que j'ai une meute. Mais il arrive parfois que je ne sois plus un loup. Le temps d'un restaurant, je suis un homme. Je me tamponne la gueule avec un carré de tissu pour essuyer mes babines, et avec la viande crue de mon tartare, je mange des frites...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'AI AUSSI D'AUTRES VIES :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LA ZONE INTERTIDALE OU L'ANGOISSE DE LA MOULE :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La zone intertidale est la partie du rivage qui est soumise à une alternance d'immersion et d'émersion au rythme des marées. Les animaux qui y vivent, comme les moules ou les patelles, ménent une double vie, sous-marine et terrestre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marée haute, ma femme est dans ma tanière, je vis d'amour et d'eau salée. J'entend la rumeur persistante des vagues au dessus de ma tête ; c'est la voix de ma femme qui ne cesse de me raconter ses petites choses, qui me demande si je l'aime et qui rit de mes coups de gueule. Je la mordille gentiment et lui ramène de petits animaux morts que nous partageons à la tombée de la nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marée basse, ma femme retourne travailler à Paris, une ville d'homme où les loups ne sont pas les bienvenus. On est obligé de mordre pour s'y défendre... La mer s'est retirée. J'ai les étoiles et l'infini au dessus de ma tête. J'ai le vertige. Je me cache derrière les pages des livres, les écrans de cinéma ; je fume et je bois trop... Je m'ennuie et je ressens l'angoisse de la moule. La marée remontera-t-elle, ou faudra-t-il que j'attende que mon coeur se déssèche de n'éprouver la vie qu'à moitié ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LE DESERT OU L'ANGOISSE DE LA CREVETTE A CUIRASSE :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'orage vient de tomber et les oeufs de triops éclosent. Une mare temporaire se forme et va s'assécher trés rapidemment, quelques jours, quelques heures peut-être... Quelques jours pour se reproduire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mare s'évapore et les triops meurent ne laissant derrière eux que des oeufs. Il se passera quelques années ou même, dans les coins de grande sécheresse, quelques décennies avant qu'ils ne repleuvent et qu'à nouveau les oeufs éclosent et que les triops forniquent dans les mares temporaires d'un désert qui renaît pour quelques heures, quelques jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les triops sont considérés comme des fossiles vivants, plus de 200 000 000 d'années qu'ils ne vivent que quelques jours, quelques heures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LA CAGE OU L'ANGOISSE DES GRANDS FAUVES :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis allé par deux fois voir les loups en cage dans des réserves françaises. Dans les deux cas, les groupes sont dans de larges enclos et les loups reproduisent exactement leur vie sauvage à l'exception de la chasse qui est remplacée par la distribution de nourriture. Ils sont néanmois en meute qui repètent l'organisation des meutes sauvages avec ses affrontements et ses coopérations. Se penser loup et n'avoir jamais couru derrière un élan... N'être pas encore chien car même dans ces endroits, je n'ai jamais entendu un loup aboyer aprés l'homme pour un bout de viande supplémentaire. Rêver peut-être à d'autres lunes, rêver de vieux rêves de loup faits de chasses longues et de tanières pleines de louveteaux auxquels on apporte des proies encore fraîches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parfois, parce qu'on récupère un loup qu'on ne peut incorporer dans une meute - les loups ont leurs propres règles -, on met le petit nouveau seul dans un enclos. Au bout de quelques jours, il se met à longer sans fin, pour le restant de sa vie de loup, la treille de l'enclos. Il tourne en rond.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma louve est partie, et ma tanière superbe devient un enclos trop petit que je parcourt à pas de loup. Les jours s'écoulent en cercles concentriques, toujours répétés, toujours répétés, toujours répétés...
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<guid isPermaLink="true">http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2005/11/18/totems.html</guid>
<title>Totems</title>
<link>http://monpoingdanstapoche.hautetfort.com/archive/2005/11/18/totems.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (LOBO)</author>
<category>Totems</category>
<pubDate>Fri, 18 Nov 2005 14:40:00 +0100</pubDate>
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LE LOUP :&lt;br /&gt;Je suis un loup.&lt;br /&gt;Je marche la nuit dans les forêts. J’ai peur des hommes. Les hommes puent comme aucune autre bête, ils sentent le goudron, la mauvaise chair, la peur. Je pisse près de leurs routes pour tâcher de chasser leur odeur, mais elle est partout. Ils mettent les miens en cage, quand ils ne les tirent pas comme des lapins. C’est une insulte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;MES POTES :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LE MANCHOT :&lt;br /&gt;C’est connu le manchot passe partout. Toujours habillé d’un costard impeccable et d’un air guindé, son dandinement viril de cow-boy préparant un duel lui fait passer le moindre le moindre physionomiste la tête haute. On le croise dans les open bars, avec un verre on the rocks interrogeant du bec la foule alentour et pensant à la banquise. L’alcool lui donne un peu chaud, mais le manchot est un mondain fini et honteux.&lt;br /&gt;Sa haute silhouette, son élégance naturelle, sa virilité tranquille d’armoire à glace bonhomme, le fit remarqué un soir pendant l’inauguration d’une patinoire olympique par une directrice de casting. Il démarra une carrière cinématographique dans un obscur court-métrage anglais, The wrong trouser et vola déjà la vedette au duo de comédien Wallace et Gromit en assurant le rôle glaçant d’un voleur de bijou; fit un caméo confondant de grâce dans un flim de David Fincher; vola avec quelques congénères la vedette au lion, au zèbre et à la girafe de Madagascar avant d’enfin obtenir un long-métrage à son nom, La marche de l’Empereur où il crève enfin l’écran.&lt;br /&gt;Mais la vie de mon ami le manchot n’a pas vraiment changé. Il s’ennuie maintenant aux avant premières et aux festivals, une vodka glacée posée à côté et regardant de son œil noir les poules qui lui font la cour. Parfois le soir, assis dans un fauteuil confortable devant la porte de frigo ouverte, il relit les mémoires de Paul Émile Victor en attendant un hiver qu’il espère rude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’ORANG-OUTAN :&lt;br /&gt;L’homme de Bornéo est un homme comme vous et pas moi. Fatigué des guerres, du travail, et de la parole, il décida un jour de retourner dans la jungle, d’y vivre de cueillette, d’amour et d’eau croupie. Décidé à ne plus crier, hurler, jeter l’anathème, insulter et surtout à ne plus dire une connerie, quoi qu’il arrive, il fit vœu de silence. C’est pourquoi il passe pour un imbécile pendant les conversations, mais regardez-le dans les yeux et c’est vous qui vous sentirez un peu con.&lt;br /&gt;Aujourd’hui, pendant la sieste qui précède le roupillon, il entend au loin les bulldozers. Un orteil dans le nez, il s’interroge. Les arbres n’ont pas plus de réponse que lui. Un émissaire secret des gorilles des montagnes lui apporte un message du Conseil des Grands Singes qui réclame l’application des droits de l’homme aux haplorhiniens. Mais il y a si longtemps que l’orang-outan ne sait plus quoi dire qu’il ne dit rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LE CANDIRU (-t-on arf, arf, arf) :&lt;br /&gt;Le candiru fait moins de trois centimètres, c’est pourquoi, il aime se faire remarquer. C’est un poisson-chat, ce qui n’est pas rien. Il a souvent envie de se passer la nageoire derrière l’oreille, mais son corps allongé lui interdit ce genre de contorsion. Et pour tout dire, au risque de le fâcher, il n’a pas d’oreille. C’est peut-être ce drame identitaire qui le pousse à toujours faire l’original, d’autres pensent que c’est peut-être lié à la quasi-transparence de son corps.&lt;br /&gt;Pour se nourrir, il s’introduit dans la cavité branchiale de poisson plus gros que lui et s’y fixe grâce aux épines recouvrant ses opercules. Ensuite il mord et avale le sang qui en sort. Ça fait sourire, hein ? Et pourtant, peut-être parce qu’il confond le flot d’urine avec le jet d’eau expulsé par les branchies d’un gros poisson, il arrive que le candiru s’introduise dans l’urètre d’un baigneur. Je vends actuellement des candirus génétiquement modifiés pour vivre dans des eaux fortement chlorées. Le brevet est déposé. Je cherche ma future clientèle parmi les piscines municipales, les centres de soins avec jacuzzi, et même les piscines privées. Nous travaillons également à une espèce naine avec une durée de vie de quelques heures qui sera vendue dans les magasins de farce et attrape. Dorénavant, plus personne ne se  moquera du Candiru-t-on, arf, arf, arf.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce texte est dédié à mes copains biologistes exilés dans les pays anglo-saxons et à tout ceux qui ont partagé avec moi une ballade dans les bois, les chemins, en grimpant une coline, en descendant une rivière, dans des réserves plus ou moins naturelles et qui le nez dans les nuages ou assis sur une fourmilière se sont surpris à aimer la nature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En un an, à vivre dans la ville, j'ai oublié une bonne moitié du nom des fleurs que je connaissais. Le loup se perd en compagnie des hommes.
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